ERIC CORNE

LE CONTRE-CIEL // 17 octobre -> 18 novembre 2017

"J'avais plein de poèmes oubliés dans la tête et je ne peins que des livres vides". René Daumal

Les titres des expositions d’Éric Corne font référence à des poèmes, comme une manière de rappeler combien la
peinture et la poésie participent d’un même langage, à la frontière entre rêve et réalité. C’est aussi une façon
peut-être, puisqu’il y a tant à voir, de mettre son regardeur sur la/une voie.
Avec René Daumal donc, il aura remarqué, dans le tableau qui donne le titre de l’exposition, que les livres ne
sont plus à brûler, puisque pour la plupart, ils ne sont plus que des boîtes vides. Le personnage féminin émerge
d’une montagne de livres-objets, boîtes de toutes les couleurs, qui l’habille ou la dissimule. Cette figure figée,
telle une statue qui hante de sa présence récurrente l’imaginaire, entre chair et pierre, met le peintre à genoux. Il
doit tout à la peinture comme un modeste donateur face à une Vierge en majesté, sujet familier de l’histoire de
l’art pour témoigner de la soumission humaine au divin. En atteste, à l’évidence, ce tableau dans le tableau,
parfaitement centré dans la composition, comme sa réplique, mais représenté par son envers et crevé par un
bras tout puissant, la main cachée d’un gant de boxe, qui ordonne (de peindre).
Outre ces clins d’oeil à la grande peinture, -non sans humour bien sûr-, que l’artiste revendique sans scrupule, il
ne se prive pas non plus de poursuivre, à la suite de Picasso, la relation entre Eros et Thanatos, création et
sexualité. Le héros du jour est un « amoureux excessif », et soutient avec le poète, qu’Aussi l’amour « vrai »
n’aveugle pas mais illumine. Cette référence, après Rimbaud, et à l’ombre de Cravan, convoque le peintre
comme acteur d’une aventure autant spirituelle que matérielle, même si son culte pour les images, celles déjà
peintes et celles à venir surtout, est sa plus grande et absolue passion. « Agitateur de conscience », il joue sur
deux temporalités, deux territoires dont l’un est en mal de mémoire fondatrice. Son théâtre de vie, et ses
modèles, à savoir maison, bouquets de fleurs, chien, falaise, bateau, mer, bouteille, palette, pinceaux, tubes de
peinture, gants de boxe, ampoule, et souvent tableaux retournés ou vides, etc., ne fonctionnent plus seulement
comme des indices mais sont constitutifs du récit pictural. Leur organisation réajuste les lois classiques de la
perspective avec une fascination pour la mise en abîme ou le lieu clos. A cet espace, peu à peu plus clément
que menaçant, autrefois île de tous les possibles, offshore utopique et accélérateur de récits, n’est concédée
aujourd’hui qu’une seule fenêtre, âprement conquise sur le mur par effraction, un hors champ tout aussi
mystérieux et fascinant.
Éric Corne resserre ici nos lectures successives, ouvertes et toujours inachevées, mais de plus en plus liées par
une forme de cohérence. Abandonnant le suspens d’un thriller, le tableau se condense en une énigme plus
essentiellement philosophique pour atteindre, par la métaphore picturale, le réel caché des êtres. Il se signale
comme amorces de sens, d’où jaillissent les lumières, mais pour lequel il n’est pas de point d’arrivée qui
constituerait le sens du tableau, mais des échos ou des reflets, comme des miroirs du sens de nos vies.

Claire Stoullig

ERIC CORNE, 17 octobre -> 18 novembre 2017
Galerie Patricia Dorfmann61 rue de la verrerie, 75004 Paris
mardi - samedi 14h/19h - et sur rendez-vous.
Galerie Patricia Dorfmann

61 rue de la Verrerie 75004 Paris
Tel : 01 42 77 55 41
Mail : galerie@patriciadorfmann.com

Site : Galerie Patricia Dorfmann

Du mardi au samedi de 14h à 19h, en matinée sur rendez-vous

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Publié le : 20 octobre 2017

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