Mode D'emploi

exposition personnelle de Benjamin Sabatier // 9 septembre -> 29 octobre 2016

Sans titre, 2016 101 x 41 x 58 cm, béton et bois, photo © JP Humbert, courtesy Benjamin Sabatier et galerie Catherine Issert

Composée d’œuvres inédites réalisées en bois et en béton, l’exposition Mode d’emploi dévoile le processus de travail de Benjamin Sabatier, fondée sur la praxis. Axée autour des notions de « faire », de « savoir-faire » sa pratique se construit grâce à l’expérimentation, l’assemblage et l’auto-construction, révélant dans les œuvres elles-mêmes le protocole qui les a fait naître. S’appuyant sur une esthétique du chantier et du Do It Yourself, l’artiste nous invite à une réflexion sur la forme autant que sur le processus. Il soulève des interrogations qui ont trait autant à l’art et son champ opératoire qu’à la liberté de l'artiste vis à vis du travail technique (ou socialement utile).

Le titre de la première exposition personnelle de Benjamin Sabatier à la galerie Catherine Issert révèle tout un programme en soi. Il renvoie à la technique de fabrication, au cahier des charges, au système de montage, voire même à une  manière d'employer son temps. De manière très pragmatique, un mode d'emploi est un document qui explique la forme particulière de construction ou de fonctionnement d'un objet ou d'un service. De manière programmatique également, la notice annonce le protocole auquel il va falloir se soumettre. Aussi, dès le départ nous savons à quoi nous en tenir, l’artiste nous invite à une réflexion sur la forme autant que sur le processus qui l’a fait naître. Il soulève des interrogations qui ont trait autant à l’art lui-même et à son champ opératoire qu’à la liberté de l'artiste vis à vis du travail technique ou socialement utile.

La pratique de Benjamin Sabatier relève de la praxis. Il aime partir de la découverte tactile des propriétés des matériaux et apprendre d’eux. Son  postulat s’appuie sur le contact direct avec la matière pour développer la faculté de percevoir. Par son travail, l’artiste nous incite à nous interroger sur le faire et le savoir-faire. Mais subtilement il nous invite à une réflexion plus vaste qui s’étend au « laisser-faire » et va jusqu’au « faire-faire ». L’expérimentation, l'assemblage et l’auto-construction, toujours au cœur de ses réflexions, le porte du côté des utopies émancipatrices et de l’engagement comme du Do It Yourself mais dans le même temps les formes qu’il déploie dans l’espace rejouent les grands questionnements de la sculpture moderne, du constructivisme à l'arte povera. Entre tension physique et équilibre précaire, réels ou fictifs, les œuvres de Benjamin Sabatier n'en demeurent pas moins sensuelles. Les matériaux qu'il réunit ici, le bois et le béton, se trouvent toujours dans l’obligation de lutter ou de s’associer. Le premier se situe du côté du chaud, du structuré, du naturel, du vivant alors que le second, se positionne dans le froid, le liquide, l’aléatoire et le minéral. Dans ces dualités chacun possède sa rudesse et sa douceur.

Le vocabulaire formel de Sabatier, par métaphore, tient également du champ lexical du chantier. Celui-ci est communément perçu comme image du monde et évoque la création artistique, traduisant une esthétique en mouvance et une dynamique plastique. De manière générale le chantier indique non un ouvrage achevé, mais un travail en cours d’élaboration. En art, la locution «Work in progress» (en français : chantier en cours) est employée pour qualifier un projet présenté pendant son exécution. Cette notion rend visible le processus. Comme le rappelle l'aphorisme de Paul Klee placée en tête du livre La Vie mode d'emploi de George Perec : « L'œil suit les chemins qui lui ont été ménagés dans l'œuvre ». Le parcours emprunté par la réflexion de l’artiste est rendu visible, il révèle l’effort, l’élaboration, la mise en forme ou mise en œuvre, la réalisation, la mécanique du faire et du défaire, du construire, déconstruire et inventer. Semblable enfin à l'ambition du personnage de Bartlebooth dans le livre de Pérec, dont le projet se détruirait lui-même au fur et à mesure qu'il s'accomplirait, il s'agirait pour l'artiste, face à l'inextricable incohérence du monde, d'accomplir jusqu'au bout un programme, restreint sans doute, mais entier, intact, irréductible. Un manifeste en soi.

Isabelle de Maison Rouge, 2016

Mode D'emploi, 9 septembre -> 29 octobre 2016
Galerie Catherine Issertgalerie Catherine Issert, 2 route des Serres, 06570 St Paul de Vence
vernissage le vendredi 9 septembre exposition ouverte du mercredi au samedi de 10h à 13h et de 15h à 19h

A télécharger :

Galerie Catherine Issert

2 route des serres 06570 Saint-Paul
Tel : 04 93 32 96 92
Mail : catherine@galerie-issert.com

Site : Galerie Catherine Issert

Du mercredi au samedi de 10h30 à 13h et de 15h à 19h

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Publié le : 27 juin 2016