TIZIANA LA MELIA

Broom Emotion // 19 avril -> 3 juin 2017

La galerie anne barrault est heureuse d'accueillir la première exposition personnelle de TIZIANA LA MELIA, jeune artiste canadienne, qui a lieu en ce moment et jusqu'au 3 juin 2017 à la galerie.

Cela commence avec le peigne qui a strié de ses dents la chevelure mouillée, graissée par le gel, qui s’agglutine sur le manche en bois comme une bave gluante, comme une écume épaisse. C’est en trop, inutile, et ça s’écoule du corps par ses extrémités inertes, chassé par le balayage à la fois ferme et délicat de la main.  

Devant cette image, qui accompagne la première exposition personnelle de Tiziana La Melia à la galerie anne barrault, une question, parmi une constellation d’autres possibles : où vont les excédents cosmétiques lorsqu’ils prennent congés des êtres ? En rêvassant, je me laisse croire que certains s’esquivent en nuages, en masses gazeuses intoxicant l’air de précautions évaporées, abandonnant la chair à sa vulgaire solitude. Que d’autres, récalcitrants et visqueux, doivent se mêler à l’eau, à la crasse et à une chaîne encore plus grande de résidus chimiques et biologiques, pour coloniser les sous-sols de flaques irisées, de souvenirs d’épidermes frottés, grattés, purgés. Les insectes, les oiseaux et les rats, traversant ces nappes, se laissent-ils troubler par leurs effluves ? Usent-ils, eux aussi, d’artifices pour se rendre plus désirables ?

Autant vous prévenir, à ces questions plus haut, je ne cherche pas de réponses claires ou définitives. Je me satisferai de celles qui me conduiront le plus loin dans l’épaisseur de ce qui m’est donné à voir, ou à lire. Car de la même manière, une seconde accroche, textuelle par le biais du titre de l’exposition, souffle une nouvelle piste : « Broom Emotion ». On s’imagine ces mots prononcés par une voix chaude et pénétrante, à la toute fin d’un spot publicitaire enfiévré dont les derniers plans montreraient, devant le panorama nocturne d’un ciel de pleine lune, passer l’ombre d’un corps porté par un balais volant. Souvenirs de sorcières, d’odyssées de femmes solitaires observant le monde depuis leur perspective aérienne, ce dernier écho fait apparaître une assemblée supplémentaire de personnages, et avec elle tout un imaginaire infusant dans le hors-champ de l’exposition. 

Si l’on peut voir dans ces images qui nous escortent un certain goût pour les assemblages sémantiques, il faut alors dire que Tiziana est également poète et que la poésie – qui chez elle ne semble pas s’exercer avant toute chose mais pour le moins, en même temps que chaque autre – agit au cœur de son travail tel un levier déstabilisant la rationalité, enclenchant des récits possibles déterminés par d’autres formes de pouvoir. La trajectoire poétique que Tiziana emprunte parcourt des territoires aussi variés que les activités quotidiennes et domestiques, les relations sociales, la littérature, le cinéma, l’art ou les rêves. Elle ne se fixe sur aucun médium en particulier, jouissant des opportunités offertes par l’image (fixe ou en mouvement), le dessin, la peinture, la sculpture ou la performance pour incarner les différents aspects des relations qui l’unissent à son environnement matériel et symbolique. L’écriture, dans un processus libérant d’une part le caractère autofictionnel de ce travail et, d’autre part, en permettant de faire éclore des potentialités nouvelles à la détermination des choses, apparaît quant à elle comme le cadre architectural portant l’ensemble de cet édifice créatif. 

Surtout, à travers ces collages plus ou moins abrupts d’images, de formes et de matières, et par le biais de ces ébauches narratives s’articulant dans son travail, Tiziana fait émerger des scènes. Entre les murs de la galerie anne barrault, apprêtés comme la surface d’une toile dont nous arpenterions l’espace intérieur, les pièces dialoguent sur fond d’allusions pastorales : les ballots de foin envahissent l’espace, maquillant l’air d’un agréable parfum ; du sable se répand au sol et jusque sur les peintures, comme finirait par se propager la poussière dans une vieille grange ; des coquilles d’œufs brisées, d’un format tel qu’on se demande bien quelle volaille aurait pu les pondre, attendent ça et là d’être investies par d’autres présences. Il y a là comme le décor d’une fable ou d’un conte dont les paroles manquantes laisseraient aux objets le soin de prendre le relais du récit, de nourrir les évocations de sens et d’entretenir, par ce biais, une tradition folklorique dont la mémoire se perd. Des histoires de sorcellerie, de basse-cour, de cérémonies païennes aux rites oubliés se mêlent à la touche vaporeuse et si particulière de Tiziana, au burlesque qui émane de son trait, à ce kitsch discret et sans âge dont elle prend soin d’opérer l’agencement. 

D’aucuns diront donc que derrière ces figurations stylisées et ces abstractions bigarrées, une certaine forme de mauvais-goût s’échappe. Pour ma part, je vois dans ces effets de saturations, dans ces rapprochements disjonctifs qui chargent les choses de pouvoirs ambigus, une manière particulière d’affecter les formes, de leur faire porter une empreinte affirmant la relation intime, presque organique, qui les unit à leur auteur. Il y a dans l’œuvre de Tiziana quelque chose qui, farouchement, résiste et ne saurait se résoudre à livrer les secrets présidant à son 

apparition. Par-dessus tout, dans ce caractère de retrait, je vois ce qui pourrait bien être l’alibi d’une attitude  récalcitrante aux modèles dominants, un moyen de se soustraire aux forces d’attractions ayant cours dans l’art comme ailleurs. À l’image du gel dégoulinant sur le peigne et condamné à l’inutilité, l’exposition de Tiziana La Melia produira des phénomènes de fuite, libérant pour un temps l’attention des regardeurs de toutes productions serviles.

Franck Balland

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It starts with the comb’s teeth, having streaked the wet hair, greased with the gel agglutinating on the wooden handle, like sticky slobber, thick foam. There is too much of it, and it leaks from the body, through its lifeless ends, pushed out by the sweep of the hand, both firm and delicate.

Seeing this image on the invite, which accompanies the first solo exhibition of Tiziana La Melia in France, at Gallery Anne Barrault, a question arises, among so many others: Where do cosmetic surpluses go when they take leave from human beings? Letting my mind wander, I imagine that some of them become clouds, gaseous masses intoxicating the air with evaporated care, leaving the flesh to its trivial solitude. Others, stubborn and viscous, mingle with the underground water, filth and a larger accretion of chemical and biological residue, colonizing them with iridescent puddles, reminding one of rubbed, scratched, cleaned skins. Are the insects, birds and rats, when they go across these pools, disturbed by the smell? Do they too resort to tricks to make themselves pretty? 

I should warn you, I do not ask for clear or definite answers to the above questions. I will be satisfied with answers that will take me furthest into the depth of what I am made to see, or read. As a matter of fact, in the same way, the title of the exhibition suggests a new avenue: “Broom Emotion”. You imagine these words are spoken in a warm and pervasive voice, at the end of commercial, the last shots of which show the shape of a body astride, a flying broom passing in front of the night landscape of a full moonlit sky. Memories of witches, of the odyssey of lonely women looking at the world from afar -  a new gathering of characters appear - and with it, an imaginative universe is projected through the exhibition.

If you can see in these images, which surround you, some taste for semantic assembling, you must know that Tiziana is also a poet, and poetry – which does not precede her material activities but occurs in tandem – acts, in the heart of her work, as a lever which upsets rationality, triggering possible stories brought about by other shapes of power. The poetic path that Tiziana follows moves through territories as varied as daily domestic activities, social relationships, literature, cinema, art and dreams. She is not set on any particular medium, using the opportunities given by a still or moving image, drawing, painting, sculpture or performance to embody the different aspects of her relationship with her material and symbolic environment. Writing, a process which on one hand releases the auto-fictative character of work, and, on the other hand, allows the birth of new potentialities to determine things, seems to be the framework of her practice in general.

Above all, through these more or less abrupt collages of images, shapes and materials, and by means of narratives between works, Tiziana makes scenes appear. Between the walls of Gallery Anne Barrault, primed like a canvas, the inside space of which we would pace, the pieces enter into dialogue on a background of pastoral allusions: swarming the space are hay bundles and the air is filled with a pleasant scent; sand is spread on the floor up to the paintings, like the dust propagating in an old barn; broken egg shells - of such a size you wonder what bird would have laid them - are waiting, here and there, for something. Like the scenery of a tale or a fable whose missing words allow the objects take over the story, feeding the evocative meanings, and thus maintain a folk tradition the memory of which vanishes. Stories of witchcraft, of farmyard, of pagan ceremonies with forgotten rites mingle with Tiziana’s vapors: her characteristic touch, her comical qualities, and a discreet, ageless kitsch that she combines with care. 

Some will say that behind these stylized representations and these many-coloured abstractions there is bad taste. As for me, I see - in these oversaturated effects, in these disjunctive parallels, which endow things with ambiguous powers - a specific way of affecting shapes, giving them a mark asserting the intimate, nearly organic relationship, which links them to their author. In Tiziana’s work there is a quality that resists fiercely and does not resign to telling the secrets governing its birth. Above all, in this characteristic withdrawal, I see what could be the alibi of a restive behaviour toward prevailing models, a way of shirking the attractive strength current in art and elsewhere. Like the image of the excess gel pooling on the comb, Tiziana’s exhibition causes flows and flights of attention, freeing the on-lookers from a singular reading.

Franck Balland

 

 

TIZIANA LA MELIA, 19 avril -> 3 juin 2017
Galerie Anne Barrault51 rue des Archives, 75003 PARIS
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Galerie Anne Barrault

51 rue des Archives 75003 Paris
Tel : 09 51 70 02 43
Mail : info@galerieannebarrault.com

Site : Galerie Anne Barrault

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 12 mai 2017

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